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L'ambition d'entreprendre Quelques hommes ont façonné le vingtième siècle. Emile Bernheim fut de ceux-là. Il fait partie des chefs d’entreprise d’envergure internationale qui ont créé les structures de la distribution moderne. Président du groupe «à l’Innovation» pendant plus d’un demi-siècle, commerçant inspiré, entrepreneur audacieux, gestionnaire rigoureux, il s’est très tôt distingué par sa vision du rôle social de l’entreprise. «Le succès en affaires, disait-il déjà au début des années trente,est certainement un objectif valable. Mais celui que nous devrions nous donner par priorité est à mon avis d’une nature plus humaine et moins égoïste : le bien-être des populations(...). L’accroissement des ventes et des profits sont nos moyens. Une existence meilleure partout dans le monde est et doit être notre fin.» Son message garde toute son acuité aujourd’hui.
Une volonté d'innover Lorsqu’il reprend les rênes de l’Innovation, grand magasin fondé par sa famille à Bruxelles en 1897, c’est le début des années vingt. Le jeune patron de 35 ans connaît tous les rouages de l’entreprise. Et il est allé étudier sur le terrain les évolutions de la distribution à Londres, Paris ou New York. Sous son impulsion, l’Innovation va prendre une extension considérable. Emile Bernheim fonde le développement des entreprises sur deux piliers : les structures et l’organisation rationnelle des services d’une part, la formation et la motivation du personnel d’autre part. Deux domaines dans lesquels il a pris des initiatives très novatrices pour l’époque. Par exemple, un fonds de pension complémentaire pour le personnel et la création du Centre Emile Bernheim pour l’étude des affaires, attaché à l’Université libre de Bruxelles (dont il a été administrateur de 1947 à 1968). Car ce chef d’entreprise d’exception a toujours regardé au-delà des frontières de son entreprise. Il est à la base de plusieurs groupements professionnels. Dans l’entre-deux-guerres, il préside l’Association Internationale de Grands Magasins, où figure notamment l’américain Macy’s. Après la deuxième guerre mondiale, il encourage la construction européenne. Il crée des prix Emile Bernheim pour récompenser des études originales sur ce thème. Et entretient une correspondance suivie avec Jean Rey, un des pères de l’Europe. Dans un hommage rendu à l’occasion de ses cinquante ans de vie professionnelle, Paul-Henri Spaak écrira: «Tous ceux qui ont approché Emile Bernheim ont été frappés par la générosité de sa pensée, la clarté de son esprit et par son activité. Ce sont précisément là les qualités qu’il faut pour faire l’Europe».
Un esprit d'ouverture Né en 1886 et décédé dans sa centième année en 1985, Emile Bernheim a assuré la présidence de sa société jusqu’à sa fusion avec d’autres grands magasins belges, le Bon Marché et Priba, puis la chaîne GB entreprise en 1974. Ces fusions sont à l’origine de l’actuel groupe GIB. Et jusqu’à la fin de sa vie, il a poursuivi son idéal d’ouverture, d’humanisme et de culture. Il continuera à prendre activement part à l’organisation du prix littéraire qui porte son nom depuis 1959. Tourné vers l’avenir et la jeunesse, il a aussi créé en 1963 la Fondation belge de la Vocation, dans un esprit proche de la fondation créée en France par Marcel Bleustein-Blanchet. Il sera également l’instigateur des premières journées européennes pour la paix. Parrainera d’autres œuvres et institutions. Et fera paraître de nombreux articles. Lorsqu’il meurt sans descendance directe, il lègue le soin de poursuivre ses activités de mécénat à la Fondation Emile Bernheim dont sa veuve, Suzanne Chabot, sera la première présidente. Il écrit dans son testament : «Les biens acquis constituent davantage, à mes yeux, un prêt fait par la société à l’individuqu’une propriété qui lui est reconnue de manière intangible et définitive. Il est donc légitime qu’à son décès, tout ou partie de ses biens fasse retour à la communauté ou soit mise à son service.»

Ici en compagnie du Roi Chevalier, Emile Bernheim a fait la grande guerre au service des achats de l’armée. Il négocia notamment le ravitaillement de la Belgique par les Etats-Unis en 1918.
La création de la Fondation Issue d’un testament écrit en 1974, la Fondation Bernheim a reçu l’approbation comme établissement d’utilité publique par arrêté royal du 28 janvier 1987. Emile Bernheim avait lui-même rédigé les statuts de la Fondation. Les objectifs y sont clairement définis. «Le dessein que je poursuis… est d’apporter sous différentes formes à la promotion de la paix et conformément aux idées qui ont toujours été les miennes, une contribution à l’épanouissement des valeurs humaines et civiques, à l’amélioration des relations sociales, à l’élévation de la qualité de la vie, à la recherche d’un équilibre à établir entre les nécessités du progrès, de la gestion, de l’organisation et les aspirations individuelles à plus de bonheur, de dignité, de possibilités, de création et d’initiative.» 
Femme de cœur et d’esprit, Madame Bernheim a soutenu son époux tout au long de sa vie et présidé la fondation jusqu’à son propre décès en 1998, à l’âge de 106 ans.
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